Aux prises avec des symptômes de commotions non traitées, Martin Larivière âgé de 35 ans est en arrêt de travail depuis plus de trois mois. « J’ai le pressentiment que ça va être comme ça le restant de ma vie, que je ne reviendrai plus jamais comme avant », affirme-t-il.

Après avoir livré 450 combats sur la glace, le hockeyeur Martin Larivière vient d’accrocher ses patins. Pendant 14 ans, ses nombreux coups à la tête lui ont causé de sérieux dommages au cerveau, si bien qu’il est aujourd’hui inapte au travail.

Attablé au restaurant du complexe sportif Isatis de Saint-Constant, où il avait l’habitude de s’entraîner, l’ancien joueur de la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH) peine encore à croire le verdict des médecins.

« J’aurais préféré arrêter de jouer parce que je n’étais plus capable de suivre physiquement, mais là, c’est la tête qui ne suit plus », dit l’ancien bagarreur des Draveurs de Trois-Rivières et de l’Isothermic de Thetford.

Depuis l’âge de 21 ans, il a cumulé plus de 2300 minutes de pénalités.

900 coups en 14 ans

Si l’on suppose qu’il a reçu au moins deux coups à la tête à chacun de ses combats, Martin Larrivière aurait été cogné près de 900 fois, en 14 ans.

En arrêt de travail depuis le mois d’avril en raison de plusieurs commotions cérébrales non traitées, le sportif de 35 ans est suivi de près par des physiothérapeutes, médecins sportifs et neuropsychologues.

Il ne sait toutefois pas quand il pourra recommencer à travailler.

« J’ai essayé de faire des demi-journées, mais j’étais incapable de lire à l’ordinateur. J’avais des maux de tête intenses, c’était comme des espèces de crampes au cerveau, c’était l’enfer », révèle-t-il.

Chez les professionnels

C’est en décembre que ses importants maux de tête ont débuté, après une bagarre « particulièrement violente ».

« J’ai eu des flashs noirs en me battant, dit-il. À la fin, je pouvais avoir 7 ou 8 flashs pendant un combat. »

Selon les spécialistes, de nombreux efforts de sensibilisation ont été faits pour prévenir les commotions chez les jeunes hockeyeurs, mais le travail reste encore important, surtout chez les professionnels.

C’est aussi ce que croit l’ancien attaquant des Flyers de Philadelphie, Simon Gagné.

« Les équipes sont frileuses à donner des contrats [à des joueurs qui ont subi des commotions], c’est pour ça que les gars cachent ça un peu », affirme celui qui en a subi huit au cours de sa carrière dans la LNH.

Jouer avec le feu

Maintenant retraité, Simon Gagné en parle ouvertement.

Il avoue même avoir « joué avec le feu » en livrant sa dernière saison avec les Bruins de Boston.

« Les premières [commotions], il faut que tu guérisses comme il faut, et c’est l’erreur que les gars font. C’est ce que j’ai fait probablement », admet-il.

L’ancien joueur étoile de 38 ans en subit d’ailleurs encore les effets.

« Au volant, s’il y a plein d’autos et que je fais un angle mort rapidement, je suis parfois étourdi quelques secondes », dit-il

« Je le sens aussi sur l’humeur. La patience est moins présente qu’auparavant », ajoute-t-il.

Comme plusieurs anciens athlètes­­­, il avoue avoir peur de développer des symptômes d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC).